Votre sérum pénètre-t-il vraiment dans votre peau ?

Vitamine C, acide hyaluronique, rétinol, collagène… Les cosmétiques promettent d'hydrater, de stimuler le collagène ou de ralentir les signes du vieillissement cutané.

Mais une question mérite d'être posée : lorsqu'on applique un sérum sur le visage, jusqu'où ses actifs pénètrent-ils réellement ?

Et si certaines molécules ont du mal à franchir la barrière cutanée, peut-on améliorer leur pénétration grâce à des formulations spécifiques ou aux nouveaux appareils de beauté à domicile, les home devices ?

La peau n'est pas une éponge

On l'oublie souvent, mais la peau est avant tout un organe de protection.

Sa couche la plus superficielle, appelée couche cornée, constitue une barrière particulièrement efficace contre les agressions extérieures. Elle limite la perte en eau, mais aussi l'entrée de nombreuses substances.

On compare souvent sa structure à un mur : les cellules sont les briques, et les lipides qui les entourent forment le ciment.

Pour atteindre les couches vivantes de l'épiderme, voire le derme, un actif cosmétique doit franchir cette barrière.

Et toutes les molécules n'en sont pas capables.

Pourquoi certains actifs pénètrent et d'autres non ?

La pénétration cutanée dépend de plusieurs facteurs :

  • La taille de la molécule : les petites molécules traversent généralement plus facilement la barrière cutanée que les grosses.

  • Sa solubilité : l'affinité d'une molécule pour l'eau et les lipides influence sa capacité à traverser la peau.

  • La formulation : le pH, les solvants, les émulsions et les systèmes d'encapsulation peuvent modifier sa pénétration.

  • L'état de la peau : une barrière cutanée altérée peut laisser passer davantage de substances.

On évoque souvent la règle des 500 daltons : au-delà de ce poids moléculaire, la pénétration passive à travers une peau intacte devient généralement difficile.

Ce n'est cependant pas une limite absolue.

Et surtout, une molécule n'a pas nécessairement besoin d'atteindre le derme pour être efficace.

Acide hyaluronique, vitamine C, rétinol : pénètrent-ils vraiment ?

L'acide hyaluronique : principalement en surface

L'acide hyaluronique de haut poids moléculaire pénètre très peu dans la peau intacte.

Son intérêt cosmétique repose surtout sur sa capacité à retenir l'eau et à améliorer l'hydratation superficielle.

Certaines formes de plus faible poids moléculaire peuvent pénétrer davantage dans les couches superficielles de l'épiderme.

Mais cela ne signifie pas qu'elles atteignent le derme en quantité suffisante pour restaurer les volumes du visage.

Un sérum à l'acide hyaluronique et une injection d'acide hyaluronique n'ont donc absolument pas la même action.

La vitamine C : tout dépend de la formulation

La vitamine C est intéressante pour son activité antioxydante et son rôle dans la synthèse du collagène.

Mais sa pénétration cutanée est complexe.

L'acide L-ascorbique, sa forme biologiquement active, est hydrophile et instable. Pour être efficace, il doit être intégré dans une formulation adaptée, notamment en matière de pH et de stabilité.

D'autres dérivés sont plus stables, mais leur activité dépend parfois de leur transformation dans la peau.

Un sérum affichant 20 % de vitamine C n'est donc pas nécessairement plus efficace qu'un produit moins concentré, mais mieux formulé.

Le rétinol : une action biologique démontrée

Le rétinol est l'un des actifs cosmétiques les mieux étudiés dans la prévention du photovieillissement.

Il peut pénétrer dans l'épiderme, être transformé en métabolites actifs et modifier certains mécanismes du renouvellement cutané.

Des études ont également mis en évidence des modifications histologiques de la peau après plusieurs mois d'utilisation de formulations contenant du rétinol.

Son efficacité dépend néanmoins de sa concentration, de sa stabilité, de sa formulation et de sa tolérance.

Le collagène : hydrater n'est pas reconstruire

Le collagène est une protéine volumineuse qui traverse difficilement la couche cornée sous sa forme native.

Dans une crème, il peut contribuer à l'hydratation et former un film protecteur à la surface de la peau.

Mais appliquer du collagène ne revient pas à reconstruire directement les fibres de collagène présentes dans le derme.

Il faut distinguer l'amélioration immédiate de l'aspect cutané d'une véritable stimulation biologique du collagène.

Une crème peut-elle réellement agir sur le derme ?

Oui, certains actifs appliqués sur la peau peuvent exercer des effets biologiques au-delà de la couche cornée.

Plusieurs études scientifiques ont montré que certaines molécules, notamment les rétinoïdes et la vitamine C, peuvent entraîner des modifications mesurables de la peau, y compris au niveau du derme.

Ces travaux montrent que l'action des cosmétiques ne se limite pas nécessairement à une simple hydratation superficielle.

Les cosmétiques ne restent donc pas tous à la surface de la peau. Mais leur capacité à pénétrer ne garantit pas automatiquement leur efficacité clinique.

Pourquoi la formulation compte autant que l'actif

Deux sérums contenant le même ingrédient, à la même concentration, peuvent présenter des performances très différentes.

La formulation cosmétique est une véritable science.

Pour améliorer la stabilité, la disponibilité et parfois la pénétration des actifs, les laboratoires utilisent différentes technologies : émulsions, liposomes, nanoémulsions ou agents favorisant le passage à travers la couche cornée.

Ces systèmes peuvent modifier le comportement d'une molécule au contact de la peau.

Mais leur présence dans une formule ne constitue pas, à elle seule, une preuve d'efficacité.

C'est pourquoi il est difficile de juger un cosmétique uniquement à partir de sa liste d'ingrédients ou du pourcentage d'actifs affiché sur son emballage.

Les home devices : une nouvelle façon de faire pénétrer les actifs ?

C'est justement l'une des évolutions intéressantes de la cosmétique actuelle.

De plus en plus d'appareils de beauté à domicile, appelés home devices, sont proposés pour améliorer la pénétration des sérums et des actifs cosmétiques.

L'idée est séduisante : plutôt que de multiplier les produits ou d'augmenter leur concentration, pourquoi ne pas faciliter leur passage à travers la barrière cutanée ?

Plusieurs technologies sont aujourd'hui utilisées ou étudiées :

  • L'électroporation utilise des impulsions électriques pour augmenter temporairement la perméabilité cutanée.

  • L'iontophorèse utilise un faible courant électrique pour faciliter le transport de certaines molécules chargées.

  • Les ultrasons, par un mécanisme appelé sonophorèse, peuvent modifier temporairement la perméabilité de la couche cornée.

  • Le microneedling crée de minuscules canaux dans la peau, susceptibles de faciliter le passage de certaines substances, mais son utilisation à domicile présente des risques particuliers.

Ces mécanismes sont étudiés depuis plusieurs décennies, notamment dans le domaine pharmaceutique pour améliorer l'administration de médicaments à travers la peau.

Mais attention : démontrer qu'une technologie augmente la pénétration d'une molécule en laboratoire ne signifie pas qu'un appareil vendu au grand public améliore réellement l'efficacité d'un sérum.

Les résultats dépendent des paramètres du dispositif, de la molécule utilisée, de sa formulation et de la qualité des études cliniques disponibles.

Il faut également rappeler qu'augmenter la pénétration d'une substance n'est pas toujours souhaitable. Certains ingrédients peuvent devenir plus irritants lorsque leur diffusion dans la peau est modifiée.

Ces appareils représentent donc une piste intéressante, mais ils ne transforment pas automatiquement un cosmétique ordinaire en traitement plus efficace.

Nous reviendrons dans un prochain article sur ces technologies, leurs résultats scientifiques et les limites des appareils de beauté à domicile.

Faut-il absolument qu'un actif pénètre profondément pour être efficace ?

Non. Et c'est probablement le point le plus important.

Une crème hydratante n'a pas besoin d'atteindre le derme pour être utile. Restaurer la barrière cutanée, limiter la perte en eau ou améliorer la souplesse de la couche cornée sont déjà des actions essentielles.

De la même manière, les filtres solaires protègent efficacement la peau sans avoir besoin de pénétrer profondément.

À l'inverse, certains objectifs, comme restaurer les volumes du visage ou obtenir un remodelage dermique important, ne peuvent pas être atteints par une simple application cosmétique.

Le bon produit n'est donc pas celui qui pénètre le plus profondément, mais celui qui agit au bon endroit, avec une efficacité démontrée.

Mon avis

La cosmétique est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Derrière un sérum apparemment simple se cachent des questions de chimie, de stabilité, de pénétration cutanée et d'activité biologique.

C'est aussi pour cette raison que je me méfie des promesses trop spectaculaires.

Un actif intéressant sur le papier ne suffit pas à faire un bon produit. Et une technologie présentée comme révolutionnaire ne constitue pas, à elle seule, une preuve d'efficacité.

Je préfère une routine courte, composée de produits bien formulés, adaptés à la peau et utilisés régulièrement, plutôt qu'une accumulation de sérums dont les bénéfices réels sont parfois difficiles à établir.

La cosmétique peut beaucoup apporter à la qualité de la peau. Encore faut-il comprendre ce qu'elle peut faire, et ce qu'elle ne peut pas faire.

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  2. Kim B. et al. Transdermal delivery systems in cosmetics. Biomedical Dermatology. 2020;4:10. DOI : 10.1186/s41702-020-0058-7.

  3. Bos JD, Meinardi MMHM. The 500 Dalton rule for the skin penetration of chemical compounds and drugs. Experimental Dermatology. 2000;9:165–169.

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