Skincare : est-ce que votre peau a vraiment besoin de tout ça ?
On parle de skincare plutôt que de cosmétique. Le mot est plus attirant. Sur les réseaux, chaque semaine apporte son nouvel ingrédient indispensable, sa routine en dix étapes ou sa marque miracle. Prendre soin de sa peau peut vite ressembler à une course.
J’ai passé le Diplôme « Cosmétique au service de la santé cutanée » à Nantes Université, avec la Pr Laurence Coiffard et le Dr Céline Couteau. Ces cours m’ont passionnée. Ils m’ont aussi appris à regarder les produits autrement : derrière une belle promesse, il y a une formule, et cette formule ne fait pas toujours de miracle.
La peau est un organe de protection. Elle se renouvelle et remplit son rôle de barrière. Il faut garder en tête trois fonctions essentielles de la cosmétique au quotidien:
Nettoyer, pour retirer le maquillage, le sébum, la crème solaire et les particules déposées sur la peau.
Hydrater, pour préserver le confort cutané et soutenir la barrière de la peau.
Protéger, en particulier du soleil, dont on connaît bien les effets sur la peau.
C’est la base. Une fois que vous vous êtes assuré de remplir ces 3 fonctions, on peut aussi cibler des préoccupations qui comptent pour vous : taches, rougeurs, imperfections, texture irrégulière ou ridules. C’est là que certains actifs peuvent avoir leur place.
LES ACTIFS ONT LEUR PLACE
La vitamine C peut contribuer à l’éclat et à l’amélioration de certaines irrégularités pigmentaires.
Le rétinol est l’un des actifs cosmétiques les plus étudiés pour certains signes du photovieillissement, comme les ridules et la texture.
Les AHA, comme l’acide glycolique ou lactique, exfolient la surface de la peau et peuvent aider à améliorer un teint terne ou un grain irrégulier. Le BHA le plus connu, l’acide salicylique, est souvent utilisé pour les peaux grasses ou à tendance acnéique.
On peut aussi citer la niacinamide étudiée pour la fonction barrière et l’apparence de certaines taches. L’acide azélaïque peut être intéressant pour les boutons, les rougeurs ou les marques pigmentaires ; les données les plus solides concernent toutefois des traitements précis, et ne se transposent pas automatiquement à tous les cosmétiques qui en contiennent.
Ces actifs peuvent donc être utiles. Mais leur efficacité dépend de la formule, de la concentration, de la stabilité et de la tolérance. Certains peuvent même agir à moins de 1 % : un essai a par exemple étudié une formule contenant 0,1 % de rétinol stabilisé. La liste INCI sur l’étiquette ne permet pas de connaître précisément le dosage ; en dessous de 1 %, les ingrédients peuvent être indiqués dans n’importe quel ordre. Et une faible concentration ne signifie pas automatiquement qu’un actif est inefficace.
Une belle histoire ne fait pas une formule exceptionnelle
Aujourd’hui, on peut faire fabriquer un produit par un laboratoire, créer une marque, soigner le flacon et raconter une histoire séduisante autour d’un actif « signature ». Parfois, c’est l’histoire de la fondatrice, de sa peau et du produit qui aurait tout changé. Cela ne signifie pas que le produit est mauvais. Mais le récit, le packaging et le nom d’un actif mis en avant ne prouvent pas que la formule est nouvelle ou plus efficace.
En consultation, je connais la routine skincare de toutes mes patientes. Je les vois parfois me montrer leur téléphone pour me demander ce que je pense de la note Yuka de leurs produits. L’application attribue des niveaux de risque aux ingrédients, avec des couleurs allant du rouge au vert. C’est un repère sur la composition, mais Yuka ne mesure ni l’efficacité du produit ni la concentration de ses actifs. Une bonne note ne dit donc pas si cette crème répond au besoin de votre peau.
Après un soin, la routine compte aussi. Je le répète souvent : ce que vous appliquez chez vous dans les jours qui suivent peut compter presque autant que le soin lui-même. Après un microneedling, par exemple, il faut respecter les consignes, nettoyer doucement, hydrater et protéger la peau. Ce n’est pas le moment de tester plusieurs nouveautés ou de multiplier les actifs.
Prendre soin de sa peau ne devrait pas vouloir dire acheter toujours plus. Avant d’ajouter le prochain sérum tendance à votre routine, demandez-vous : qu’est-ce qu’il est censé apporter, et est-ce vraiment ce dont ma peau a besoin ?

